En quelques mots
Chateauform met à la disposition de ses clients un cercle d’Experts afin de les accompagner dans la conception de leurs séminaires et événements d’entreprise : The Experts Circle by Chateauform.
C’est au fil d'une série d’articles que je suis heureuse de mettre en lumière ces Experts et la valeur de leurs savoir-faire.
Aujourd'hui donnons la parole à David Cardeilhac de Basch Conseil :
A l’heure où j’écris ces lignes, L’hymne officiel de la chanteuse Shakira l’annonce : après trois ans et demi d’attente, la coupe du monde de football revient.
La compétition phare de la FIFA va monopoliser toute l’attention de la planète pour quelques semaines. Elle va remplacer les sujets habituels de conversation autour de la machine à café ou bien lorsque l’on attend que l’ensemble des participants soient connectés à la prochaine réunion virtuelle.
Il est fascinant de voir que ces deux thèmes sont universels. Tout le monde a son mot à dire, et notamment les experts en management autoproclamés. Permettez-moi donc d’ouvrir le bal, ou plutôt de donner le coup d’envoi, des articles sur le management dans le football business.
Le football professionnel est un secteur d’activité comme un autre, avec ses spécificités. A la manière d’un restaurateur qui devra travailler durant les horaires de repas, ou bien d’un banquier d’affaires qui devra encore porter des cravates, le sélectionneur national a ses propres contraintes.
- Il va en effet évoluer dans un environnement complexe, qui repose exclusivement sur de multiples relations humaines, notamment avec les joueurs. Il ne s’agit en aucun cas d’une relation de management classique entre un supérieur et son subordonné. Je vois plutôt une relation de sous-traitance. Le joueur est une entreprise à lui seul avec ses salariés, ses propres échéances, et ses propres enjeux. Certains peuvent avoir un rôle stratégique supérieur à celui du sélectionneur.
- Cet environnement est profondément volatile et oppressant. Le rythme de vie d’un footballeur professionnel est frénétique et la pression à la fois populaire et médiatique est constante.
- Le spectacle sportif se différencie du théâtre ou bien de l’opéra parce qu’il est régi par la glorieuse incertitude du sport. Nul ne sait ce qu’il va advenir. Tout va se jouer à la seconde, au centimètre près. Un tir qui échoue sur un poteau change le destin d’un joueur, d’une équipe et d’une nation. La dramaturgie s’écrit en temps réel. La suite ne sera qu’émotion et irrationalité.
- Enfin, les attentes et les enjeux sont considérables, et la concurrence à ce poste est extrême ; on dénombre à titre d’exemple 46 millions de sélectionneurs potentiels en Argentine.
Didier Deschamps excelle dans ce secteur d’activité depuis quarante ans, d’abord comme joueur, puis comme entraineur et enfin comme sélectionneur national. Je ne vais pas faire son panégyrique en citant l’intégralité de son palmarès. Partez juste du postulat qu’il a remporté tous les trophées possibles. Allez, je concède aux béotiens un fait amusant pour leurs conversations autour de la machine à café : retenez juste qu’il a remporté la coupe du monde à la fois comme joueur et comme entraineur. Deux autres personnes l’on fait sur la planète : le Brésilien Mario Zagallo et l’Allemand Franz Beckenbauer.
Aussi fort soit-il, il n’échappera pas au parallèle managérial. Je vous propose de découvrir sa façon de travailler en prenant le soin de m’attarder sur ses citations favorites. Vous pourrez les diffuser sur vos réseaux sociaux les soirs de victoire.
Identifier et communiquer clairement son objectif et ses convictions
« L’objectif est de porter les trois couleurs au plus haut »
« Rien n’est au-dessus de l’équipe de France »
Je ne vous apprends rien, la construction d’une équipe performante passe tout d’abord par le partage de valeurs et d’un objectif clairement défini.
Didier Deschamps cumule deux fonctions : celle de sélectionneur qui maîtrise l’art du recrutement et celle d’entraineur qui va manager un groupe dans la durée. Il est important à ce niveau d’isoler un objectif clair ainsi que les valeurs attendues au quotidien :
- La performance de l’équipe prime sur tout
- L’individualité est intimement liée au collectif et la première va servir la seconde
- L’exigence, l’exemplarité et l’équité sont fondamentales
Cela va permettre au sélectionneur d’identifier des profils de recrutement. Il va privilégier le savoir être au savoir-faire et construira ainsi un groupe cohérent. Il paraîtrait que l’on recrute à son image de manière inconsciente... Didier Deschamps, en toute conscience, va chercher des profils de compétiteurs qui ont l’amour du groupe.
La définition des valeurs partagées permettra également à l’entraineur d’établir des règles de vie interne qui sont un préalable obligatoire à l’établissement de liens de confiance et d’une alchimie de groupe.
Que vous soyez en charge du recrutement, ou bien que vous ayez juste hérité de l’équipe de votre prédécesseur, je vais vous inviter à faire en sorte que vos objectifs d’équipe soient compris de tous. De la même manière, je vais vous inviter également à partager avec vos équipes les valeurs qui vous sont chères, au quotidien de manière concrète. Je me souviens particulièrement d’un atelier au Chateauform Learning Lab La Défense, durant lequel un manager et ses équipes avaient échangé sur leurs valeurs communes. Ils s’étaient exercés à les décliner dans des situations de leur quotidien et chaque séquence avait été illustrée par des jeux de rôles désopilants. La parole avait été libérée, quelques malentendus ont été traités et chaque participant était reparti avec une vision plus précise de ses missions.
Créer un groupe performant
« Dans le football, comme dans la vie, on ne peut pas avoir que des architectes, on doit aussi avoir des maçons."
Construire une équipe performante, pour le sélectionneur passe avant tout par le fait de faire signer à chaque membre de la délégation un contrat moral qui impliquera de tout sacrifier sur l’autel de la performance. Le groupe ne sera pas totalement homogène pour autant. Vous ne disposez pas de l’armée des clones de Star Wars.
Il va falloir créer une relation intuitu personae avec des joueurs afin de tenir compte des caractéristiques de chacun. La dynamique de groupe reposera sur un équilibre. Prenons l’exemple des différents types de leaderships dans une équipe de très haut niveau :
- Il y aura des leaders techniques, des personnes qui maîtrisent leur art et feront la différence sur le terrain.
- Il y aura des leaders de vie qui n’hésiteront pas à réguler la vie du groupe ainsi qu’à relayer les messages dus et au management.
- Il y aura enfin des leaders d’ambiance dont la fonction est d’apporter une touche de légèreté et de bien être dans un groupe de quarante hommes qui va devoir vivre ensemble pendant deux mois.
L’homme est un animal social. Il va donc s’établir naturellement une hiérarchie dans ces trois catégories, en fonction des aptitudes et des affinités. Didier Deschamps laissera à chacun s’attribuer une fonction sociale au sein du groupe. Il procèdera dans un second temps à des ajustements en fonction de ses objectifs.
Faut-il s’aider d’outils pour recruter les profils manquants ? Je ne sais pas. Un de ses prédécesseurs faisait établir le thème astral de ses joueurs avant de les sélectionner, avec plus ou moins de réussite. J’attends que les équipes de mes clients atteignent un certain seuil de maturité avant de leur faire passer les tests du DISC ou bien du MBTI.
Avec ou sans test, prenez le temps d’établir un lien avec les membres de votre équipe. Garantissez-leur en priorité une écoute sincère et confidentielle. Il s’agit d’un investissement à long terme, sur lequel vous allez pouvoir capitaliser par la suite.

La chasse aux détails avec Eduardo Camavinga lors d'un entraînement à Paderborn
Offrir un cadre sécurisant et épanouissant
« L’équipe de France est une bouffée d’oxygène »
Didier Deschamps voit les rassemblements de l’équipe nationale comme une parenthèse dans la vie tumultueuse d’un joueur professionnel, à la manière d’une réunion mensuelle ou bien d’un séminaire. Seul un cadre sécurisant et épanouissant permettra la performance.
Notre sélectionneur met en œuvre ce cadre de plusieurs manières différentes, j’en retiendrait trois :
- L’encadrement au sens strict. Avec pour seuls adjoints les inamovibles Guy Stéphan et Franck Raviot, Didier Deschamps dispose d’une chaine de commandement raccourcie à l’extrême. Pas de technicien spécialiste des coups de pied arrêtés ou des attaquants, pas de préparateur mental ni de cellule étoffée en charge de la data, contrairement à la majorité de ses homologues européens. Un commando d’experts aguerris sera toujours plus efficace qu’une armée de généraux mexicains en proie aux guerres de pouvoir internes.
- Le cadre des séances d’entrainement. Un observateur averti connaît à l'avance leur contenu jour après jour. Face au manque de temps, le staff va s’orienter naturellement vers le plus efficace avec la reprise des fondamentaux. Les exercices de conservation de balle, les oppositions sur petits buts, etc. se succèdent encore et toujours. La répétition du geste crée l’ancrage. Individuel pour le nouvel arrivant qui va pouvoir découvrir le très haut niveau, et collectif pour développer les automatismes qui feront la différence. La routine, à travers la répétition des fondamentaux rassure et crée l’ancrage.
- Le cadre de vie : au vert, dans un lieu où règnent sérénité, rencontres et partage. L’équipe de France a choisi sa résidence américaine avec le plus grand soin, afin de permettre à chacun de se sentir chez soi et d’éviter l'impression d'enfermement. Les bleus logent habituellement au Centre National du Football de Clairefontaine que je compare bien évidemment à une maison Chateauform. Sachez que l’on y mange nettement moins bien, les cuisiniers ont pour consigne de ne servir que du poulet, du riz, des pâtes et des légumes.
Je vous entends réagir : non, vous n’avez pas les moyens de vous offrir systématiquement un lieu de réunion idyllique. Ça n’est pas très grave. Faites malgré tout de vos prochains rassemblements un moment de respiration. Instaurez une routine rassurante lors de vos réunions à venir et lors de vos prochaines formations, insistez encore et toujours sur les fondamentaux du métier.

Cultiver les moments de complicité, ici avec Kylian Mbappé à Paderbon
Insuffler une culture de la performance
« Le vrai talent, c'est d'en donner aux autres »
La culture de la performance est une affaire du quotidien. Cela passera par l’éternelle chasse aux détails et la mise en confiance des collaborateurs.
Vous allez peut être me dire que c’est un détail, mais j’ai un problème avec le mot « détail ». Un détail dans notre langue est quelque chose de négligeable, il ne dépendrait pas de nous, il serait lié à la fatalité... Aussi, plutôt que de chasser le détail, je préfère accumuler les gains marginaux. Admettez que, sous cet angle, la donne change. Nul besoin de revoir l’intégralité des vos process. Soyez juste attentif à ce qui peut être amélioré lorsque cela se présente à vous.
Rien de plus facile que d’instaurer une culture de la gagne
- Sur le fond, il s’agira de prendre son joueur « en flagrant délit de succès » afin de lui donner de la confiance et de l’envie.
- Bien entendu la forme prévaut. Plus vous aurez établi une relation de confiance, plus vos paroles impacteront votre interlocuteur.
Je n’ai pas le pédigré d’un champion du monde. Qu’à cela ne tienne, capitalisez sur les victoires de vos équipes et à défaut, sur ses progrès. Je vais vous demander de célébrer en commun les petites victoires du quotidien.
Lorsque vous serez en face à face, privilégiez l’art subtil des conversations répétées, honnêtes et chaleureuses. Des échanges de qualité dans une confiance totale libèreront vos collaborateurs et leur donneront envie de donner le meilleur.
Les performances passées préjugent souvent des performances futures.

Un effectif stable et resserré (avec Franck Raviot & Guy Stéphan)
Pour conclure, et s’il y a une seule chose à retenir
« Le maitre mot c’est de s’adapter »
Voilà, nous y sommes.
Vous avez un objectif, des valeurs établies, votre équipe maîtrise ses fondamentaux et vous avez insufflé suffisamment de confiance en elle pour qu’elle performe.
A vous la victoire.
Une dernière chose : N’oubliez pas de rester vigilant et de vous adapter constamment.
La vérité du jour n’est pas celle de demain.
Karim Benzema, André Pierre Gignac et Adrien Rabiot qui ont été en conflit avec leur sélectionneur vous le diront peut-être, Didier Deschamps choisit ses combats. Il sera prêt à pardonner, en restant aligné avec ses valeurs pour atteindre ses objectifs, et après une longue conversation qui restera confidentielle.
Il a raison, personne n’est au-dessus de l’équipe de France, pas même lui.
Soyez donc vigilants et adaptez-vous.
La victoire est passagère et il y aura une nouvelle coupe du monde.
Soyez cependant rassurés, à la manière de Mariah Carey annonçant Noël, Shakira vous préviendra à nouveau.

David Cardeilhac de Basch Conseil
Prêt à manager comme Didier Deschamps 😊?